Archives de Tag: Bernard-Marie Koltès

Le cri des gardes de Claire Denis

Un film théâtral, lieu unique, temps court adapté de la pièce Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès. Pièce du début des années 80 qui dénonce le violence, l’oppression et la lutte pour le dignité humaine. On peut y voir les séquelles de la colonisation.

Le film se passe en Afrique de l’ouest, sur un grand chantier. Un homme noir derrière les grilles demande le corps de son frère qui vient de mourir sur le chantier. Le chef du chantier lui demande de revenir le lendemain car sa femme va arriver d’un moment à l’autre. C’est le jeune ingénieur du chantier qui est allé la chercher.

Tous se passe presque de part et d’autre de la grille. Ambiance nuit étouffante, lieu unique comme au théâtre, musique qui renforce le huis clos et la tension de la situation.

Les blancs vivent derrière les grilles, elles symbolisent ce qui reste de la domination coloniale. L’homme qui vient chercher son frère, Isaach de Bankolé excellent, a franchi cette barrière, il est d’un grand calme et montre le chemin de la résistance. Il veut la justice. Les gardes du chantier, depuis leurs miradors, font passer cette parole.

Matt Dillon est aussi impressionnant dans ce rôle de chef de chantier, chef, peu bavard, ses silences sont éloquents. Mais il doute également, on sent chez lui une certaine fragilité (ou culpabilité ?).

Un film hommage à l’écrivain mais qui est encore très actuel car les inégalités nord-sud et les violences sont encore bien trop présentes.

L’avez vous vu ? Qu’en pensez vous ? Connaissiez vous la pièce ?

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Les idoles de Christophe Honoré – Théâtre Porte St Martin

Les idoles est une pièce écrite et mise en scène par Christophe Honoré. Elle avait été créée il y a quelques années à l’Odéon mais je l’avais loupée. Je suis contente d’avoir pu la voir cette fois.

Se retrouvent dans un décor Nuits fauves : Cyril Collard, Hervé Guibert, Jacques Demy, Bernard-Marie Koltès, Serge Daney et Jean-Luc Lagarce. Ils discutent de leurs dernières années, se souviennent de l’époque, nous rappellent ces « années sida » et quand on y pense c’était plus flippant que le covid en fait. Ils perlent de la communion entre le désir, la mort et l’art.

Ils ont abordé leur maladie de façons différentes, ils l’ont mise ou pas dans leur oeuvre. Le Sida c’était honteux, c’était des drogués et des homos, en gros c’était bien fait pour eux 😦

J’ai un peu oublié mais j’ai vécu ces moments, un de mes amis est décédé dès 86, les derniers mois il ne voulait plus voir personne, il avait peur de nous contaminer !

Le texte de la pièce est très fort, il reprend des passages des oeuvres de ces 6 artistes, et il raconte de façon forte mais aussi avec humour et dérision l’époque. On est presque emporté dans une fête, tout est possible, même dialoguer avec des morts.

J’ai beaucoup aimé la prestation de Marina Foïs, Marlène Saldana est incroyable, les garçons sont bien aussi même si Paul Kircher, tout jeune et interprétant un Koltès en retrait est un peu moins convaincant.

La pièce est un magnifique hommage à tous ces artistes fauchés par la maladie et par conséquence au théâtre et à ses richesses. Elle nous invite à reprendre leurs oeuvres. Elle se joue jusqu’à début avril.

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